Gilad Shalit, les raisons d’une détention qui s’éternise
Le 25 juin prochain, cela fera quatre ans que Gilad Shalit est retenu entre les mains du Hamas dans la Bande de Gaza. Quatre ans que ce soldat de 24 ans attend que ses geôliers aboutissent à un accord de libération avec Israël. Fin décembre dernier, des négociations entre les deux parties sont activement menées à travers la médiation de l’Egypte et de l’Allemagne. Mais depuis cette date, le dossier Shalit a laissé place à l’éternelle tentative de reprise du processus de paix entre Israéliens et Palestiniens. Un autre dossier, une autre échéance, et des résultats tout aussi incertains. Shalit n’a pas été oublié, mais l’équilibre des forces en présence a irrémédiablement conduit au report de sa libération. A une date encore inconnue.Le 21 décembre dernier, les négociations sur la libération du soldat Shalit débutent entre Israël et le Hamas. Tandis que les réunions se succèdent au cabinet de sécurité de Benyamin Netanyahou, le Hamas n’hésite à faire monter les enchères. En jeu, la libération d’un millier de prisonniers palestiniens détenus en Israël contre la libération de Gilad Shalit. Israël accepte le principe d’une libération des détenus, à condition d’obtenir l’exil des plus dangereux d’entre eux. Au terme de quelques jours d’intenses tractations au sein du Hamas, le mouvement islamiste rejette la proposition israélienne le 30 décembre.
L’échec des négociations est à imputer au Hamas pense-t-on alors. Mais la situation est plus complexe. Comme souvent, les deux parties se renvoient tour à tour la responsabilité de cet échec. Interviewé le 2 février par la BBC, Mahmoud Zahar, le chef du Hamas à Gaza, estimait que les négociations ont été “interrompues” : “Après l’ingérence de Benyamin Netanyahou, il y a eu un énorme recul et un repli. C’est pour cette raison que tout a été interrompu”. Hier, lundi 15 mars, le même Mahmoud Zahar accusait Israël d’avoir “torpillé” l’accord d’échange : “le changement d’attitude d’Israël a fait échouer la transaction” a-t-il jugé.
Israël et Shalit, ou le combat de la liberté contre la crédibilité
Depuis les dernières tentatives de négociations, Israël et le Hamas ne cessent donc de se renvoyer la balle. Mais en réalité, des résistances à la libération immédiate de Gilad Shalit existent dans les deux camps, qu’elles soient d’ordre sécuritaire, politique ou idéologique.
Du côté israélien, la situation est bien connue. A peine le gel provisoire des implantations décrété, Benyamin Netanyahou était appelé à prendre une autre décision contraire à ses positions traditionnelles, à savoir rogner la sécurité d’Israël en échange de la libération de Gilad Shalit. Un dilemme qu’il a tenté de résoudre en exigeant qu’une centaines de détenus palestiniens soient exilés. En vain.
Il était donc question de crédibilité vis-à-vis de lui-même, puis vis-à-vis de son pays. La libération de Gilad ne se fera pas « à n’importe quel prix » estime alors le gouvernement Netanyahou. Chaque demande supplémentaire du gouvernement dans les négociations apparaît donc comme une tentative de garantir cette crédibilité. Du côté du Hamas, cela est perçu comme un obstacle aux négociations.
Les prétentions des Etats-Unis pour le Proche-Orient
Pendant ce temps au Fatah, on se dit qu’un éventuel accord entre Israël et le Hamas aurait des conséquences désastreuses sur l’image et l’influence du Fatah dans les mois à venir. Les négociations de décembre dernier interviennent dans un climat hostile entre les deux organisations, et l’obtention par le Hamas de la libération d’un millier de prisonniers palestiniennes serait une victoire immensément importante pour une organisation que l’on dit en perte de vitesse dans la Bande de Gaza.
Or ce constat fait froid dans le dos des Etats-Unis. Privilégiant une échéance de long terme, l’administration du prix Nobel Obama est avant tout soucieuse de la reprise du processus de paix au Proche-Orient. Les mois suivants apporteront la preuve de ces ambitions sans doute trop optimistes (visites à répétition de George Mitchell, mise au point d’un plan de paix en janvier dernier ou instauration de pourparlers indirects au début du mois). Ainsi, selon certaines sources (voir l’article de Michaël Bloch sur le sujet), les officiels américains se seraient opposés à l’accord d’échange pour empêcher le Hamas d’obtenir une grande victoire politique, et par là même protéger le leadership de Mahmoud Abbas. Avec en point de mire la volonté de voir Israël et l’Autorité Palestinienne d’Abbas reprendre les négociations de paix.
La récente proposition américaine de mise en place de pourparlers de paix indirects est incluse dans l’agenda américain pour le Proche-Orient. Un agenda non seulement trop ambitieux, mais qui repose sur un constat erroné. Car l’organisation islamiste accorde peut-être moins d’importance à Gilad Shalit que l’on veut bien le croire.
Le Hamas, tiraillé entre pragmatisme et idéologie
En réalité, le Hamas est incapable aujourd’hui de parler d’une seule voix, d’où sa difficulté à se mettre d’accord sur un projet d’échange avec Israël. L’organisation est tiraillée entre son ailé la plus dure, personnifiée par Khaled Mechaal à Damas, et son pendant plus pragmatique, incarné par Mahmoud Zahar dans la Bande de Gaza.
Depuis Damas, Mechaal reste fermement opposé à tout accord avec Israël, et même avec le Fatah. Loin d’être un modéré, Zahar est en revanche convaincu de la nécessité d’un accord avec Israël. « De là à dire que le Hamas est extrêmement divisé et ne maitrise plus la Bande de Gaza, il y a un pas à ne pas franchir » estimait hier soir le journaliste de RFI Karim Lebhour, invité de Guysen Tv.
Car si la situation humanitaire dans la Bande de Gaza est toujours préoccupante, le Hamas peut encore se targuer de faire régner la sécurité sur son territoire. « Lorsque l’on va à Gaza aujourd’hui, on ne sent pas les problèmes sécuritaires que l’on sentait à l’époque où le Fatah gérait Gaza » souligne Karim Lebhour. L’organisation islamiste dispose donc encore d’une marge de manœuvre et accorde peut-être moins d’importance à Gilad Shalit que l’on veut bien le croire.
Alors qu’on la croyait acquise, la libération de Gilad Shalit n’est pas seulement dépendante du bon vouloir du gouvernement israélien, mais d’un équilibre des forces qui penche pour le moment du côté de la paralysie.
Par Mathias Sabah pour Guysen International News - Mardi 16 mars 2010 à 18:31
Posted: mars 18th, 2010 under Non classé.